03.07.2020 |
Opinion

Examens à distance et sous vidéo-surveillance

Durant le confinement, l’université n’a pas cessé. Cours à distance, par visioconférence ou par documents PDF et PowerPoint préenregistrés, entrevues personnelles par vidéo avec nos professeurs : nous avons dû apprendre à travailler différemment. Une question est restée ouverte jusqu’à la dernière minute, ou presque : allions-nous passer nos examens à distance également ? La réponse a été positive et c’est ainsi que nous nous sommes préparés à être examinés chacun chez soi, devant son ordinateur personnel.

Il se posait cependant un problème de surveillance : comment s’assurer que les étudiants ne trichent pas ? Si certaines facultés ont simplement fait signer une déclaration aux élèves, certains professeurs ont tenu à nous observer par vidéo et la faculté de droit a même mis tout un système de surveillance en place. J’ai demandé à Noémie P., étudiante de deuxième année en droit, de me parler de son expérience.

Quelle a été ton impression générale pour ces examens ?

N.P. : Pour la totalité des étudiants en droit, la période précédant les examens a été assez tendue. Nous étions toujours dans l’attente de nos dates d’examens. Avant la séance d’information de mi-mai, nous ignorions encore si nos examens seraient écrits ou oraux, combien de temps ils dureraient ets’ils seraient en présentiel ou en ligne. Nous avons reçu les informations aux alentours de la deuxième semaine de mai, soit trois semaines avant le début de la session d’examens en temps normal.

Lors de notre séance d’information, nous avons reçu la possibilité de nous retirer de cette session d’examen, qui se déroulerait entièrement en ligne, et de s’inscrire à la deuxième session qui aurait lieu en août/septembre dans des conditions encore inconnues.

Pour les étudiants de deuxième année, la totalité des examens à l’exception d’un seul allait être oral et durer 10 minutes. Nous avons été priés de nous connecter sur la plateforme choisie par le professeur (Microsoft Teams ou Zoom) 45 minutes avant notre heure de passage, afin d’assurer une séance rapide et efficiente. La plupart sans temps de préparation. En temps normal, les examens se font closed book, mais certains ont été rendus open book, dû aux conditions spéciales. Les jours suivants ces informations, chaque chaire a organisé un test pour vérifier que les connections, les microphones et les images fonctionnaient correctement.

Comment se sont passés les examens écrits ?

N.P. : Je n’ai eu qu’un seul examen écrit. Il a été effectué sur Moodle, sur un serveur séparé conçu spécialement afin d’éviter une surcharge. Nous avons reçu un lien individuel pour nous connecter à l’examen. Le professeur avait préparé une multitude de questions que Moodle s’est chargé de mélanger. Avant le début de l’examen, nous étions priés de nous connecter sur Zoom par le biais de notre téléphone, afin d’effectuer le contrôle de nos identités. Nous étions une vingtaine d’élèves par salle de réunion Zoom, sous la surveillance d’un « Proctor ». Ce téléphone devait être posé de telle manière à donner une vue sur notre table de travail et notre écran d’ordinateur pour éviter des cas de triche.

Je me rappelle avoir pensé que je n’avais jamais été aussi calme avant un examen. Nous surveillions l’heure pour savoir à quel moment rafraîchir la page où devait s’afficher l’examen. C’était réconfortant d’avoir les 19 autres étudiants connectés sur le téléphone car cela renforçait l’atmosphère spéciale des examens. Je n’étais pas seule. Le temps passait vite et lentement en même temps. L’examen s’est bien passé. Comme pour un examen papier, nous pouvions passer d’une question à l’autre, revenir en arrière, relire et corriger ce que nous avions écrit par après. C’était comme un examen normal finalement. J’ai terminé l’examen assez rapidement et j’ai dû envoyer un message privé au « Proctor » pour savoir si j’avais le droit de quitter la salle de réunion. Elle m’a congédié après m’avoir demandé de lui montrer par téléphone l’écran de mon ordinateur, où il était bien clair que j’avais bien terminé et envoyé l’examen.

Je n’avais jamais eu d’examen après lequel j’ai pu bondir dans la chambre de ma colocataire pour me réjouir et discuter avec elle.

Et les oraux ?

N.P. : L’attente des dates a été tendue pour chaque étudiant en droit. Après les avoir reçues, les réactions étaient mixtes : certains avaient quatre examens d’affilée, d’autres plusieurs jours entre deux examens… J’étais assez satisfaite de mes dates, et me je me suis mise au travail. Mes premiers examens étaient open book.

Le jour du premier examen oral arrivé, j’ai préparé la table de la salle à manger, mes colocataires étant toutes deux absentes, j’ai branché mon ordinateur, gardé mon téléphone à mes côtés pour appeler la hotline préparée en cas de problème, et me suis connectée 45 minutes avant mon heure de passage, comme convenu. Je révisais encore quand j’ai reçu mon appel, 15 minutes avant mon heure de passage (nous avions été prévenu que cela pourrait arriver). J’ai pris l’appel et passé mon examen.

Que retiens-tu de cette session spéciale ?

N.P. : Ce qui me restera le plus vivement en mémoire, après six examens oraux, c’est premièrement la gentillesse de mes professeurs. J’ai ététrès touchée par leurs efforts pour me mettre à l’aise et me mener sur la bonne piste. La deuxième chose que je n’oublierai pas était l’état de surexcitation dans lequel je me retrouvais après chaque examen, un sentiment à tel point intense qu’il devenait presque impossible de réviser même trois heures après l’examen… évidemment, ce sentiment disparaissaitau fur et à mesure que la session se prolongeait et que mon corps se fatiguait. Une autre chose a été le « mauvais examen » vécu par presque tous mes amis (et moi-même). En effet, nous en avons presque tous eu un. Dans mon cas, j’ai eu un examen désastreux qui m’a affecté assez longtemps. Ce mauvais examen peut être une question extrêmement difficile alors qu’on croyait avoir à faire à un examen facile, ou un sujet que l’on a moins bien révisé, ou encore un cas de nerfs, ou de « blackout ». C’est ce qui m’est arrivé à l’occasion d’un examen, où je n’arrivais plus à parler ou à réfléchir. La plus grande difficulté a été d’accepter cette mauvaise expérience et de continuer avec les révisions et les préparations pour les examens suivants.

Un bon souvenir qui me restera sera le partage avec mes amis étudiants. Nous nous racontions les examens passés en premier et les questions posées, nous nous avertissions sur des points faibles ou des questions difficiles. Sans mes amis et ce partage, cette session aurait été beaucoup plus difficile.

Et pour la technique ?

N.P. : Du point de vue technique, je n’ai eu aucun problème et je ne peux donc pas me plaindre de la qualité de nos examens pour cette session. Il est vrai que je trouve ces examens oraux plus difficiles, car 10 minutes pour valider 6-12 crédits n’est guère rassurant, et ici il est hors de question de ramasser des points ailleurs si on tombe sur un sujet sur lequel on est moins à l’aise. Pour les élèves en formation bilingue, il a fallu faire sans les 20 minutes supplémentaires octroyées en temps normal pour les examens écrits qui ne se déroulent pas dans leur langue maternelle. Mais il est vrai que la faculté nous a donné l’occasion de nous retirer de cette session, et plusieurs de mes amis l’on fait, n’étant pas trop rassurés par ces conditions.

Quoiqu’il en soit, je suis persuadée que les personnes qui ont le plus « souffert » de ce scénario étaient les professeurs. En effet, ils ont dû examiner environ 30 élèves par jour, en restant bien disposés et aimables, en posant des questions et en cherchant à les évaluer objectivement, tout en sachant que grand nombre de ces élèves étaient extrêmement nerveux. Ceci a duré, pour certains professeurs, plus d’une dizaine de jours. De plus, ils ont dû préparer un nombre incroyable de questions, afin d’éviter des cas de triche. Ce sont eux qui, je crois, méritent d’être le plus félicités et encouragés après cette session extraordinaire.

Un grand merci à Noémie P. pour ces précieuses réponses.


Divers·e·s représentant·e·s de la société civile se sont porté·e·s volontaires pour créer des chroniques sur les histoires, les personnalités et les particularités qui caractérisent leur commune. Au travers de leurs publications, ces personnes externes à l'Assemblée constitutive explorent l’identité du Grand Fribourg. Elles abordent aussi différents sujets en lien avec la fusion des communes.

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Mélissa Burkhardt

Étudiante, Université de Fribourg