24.04.2020 |
Article factuel

Grippe espagnole versus Coronavirus : deux crises sanitaires à plus de 100 ans d’écart

« Les symptômes sont inhabituels, intenses, de fortes fièvres à plus de 40° sont bientôt accompagnées de graves complications respiratoires », écrit Alain Bosson, historien fribourgeois spécialiste de l’histoire de la médecine et de la santé dans un article paru en 2018 dans les Annales fribourgeoises. Il ne parle pas de l’épidémie de Covid-19, mais d’une autre épidémie qui a marqué la planète il y a un peu plus de 100 ans : la Grippe espagnole dont les ravages ont duré de 1918 à 1919. On la compare souvent à la pandémie que nous vivons aujourd’hui. Les ressemblances sont en effet nombreuses, même si le contexte et le virus ne sont pas les mêmes. Petit retour historique sur cette période.

D’abord, la grippe espagnole n’a rien d’espagnol. Elle est vraisemblablement arrivée en Europe avec les troupes américaines entrées dans le conflit mondial en 1917. La presse étant censurée en France et dans les pays en guerre, la nouvelle se répand en Espagne, pays resté neutre, où la presse en parle librement. Cette grippe devient ainsi « espagnole », mais c’est bien d’une pandémie mondiale dont il s’agit, par ailleurs particulièrement meurtrière en Asie. La grippe espagnole est d’autant plus virulente que les populations sont affaiblies par le conflit mondial qui dure depuis quatre ans. De plus, la vie des soldats dans les tranchées ou dans les casernes favorise la propagation du virus.

Des mesures de distanciation sociale

En Suisse, la situation n’est pas prise en main par le Conseil fédéral: les décisions se prennent dans les cantons qui gèrent la santé. A Fribourg, quatre médecins composent la Commission de santé. Leurs préavis sont suivis à la lettre par le Conseil d’État. Deux pistes sont proposées pour enrayer l’épidémie, lesquelles font échos à la situation actuelle : d’abord, le Conseil d’Etat interdit les rassemblements de personnes, ensuite on tente d’isoler les malades. L’une des premières dispositions est donc de fermer les écoles. Nous sommes le 12 juillet 1918 et la fermeture du Collège Saint-Michel est fixée au 24 juillet : tous les élèves sont renvoyés chez eux. Et en septembre, la rentrée ne se fait pas car l’épidémie est toujours virulente.

L’une des grandes différences avec la pandémie d’aujourd’hui est que le virus de la grippe espagnole touche en premier lieu les jeunes adultes. En Suisse, 59,7% des décès enregistrés sont des personnes âgées de 20 à 39 ans. Les autorités décident de supprimer les spectacles, les cinémas et les autres réjouissances publiques. Même la bénichon est interdite ! Et l’amende peut être salée : jusqu’à 5000 francs ou l’emprisonnement jusqu’à trois mois.

Des lazarets pour endiguer la maladie

Une deuxième décision est prise : on aménage des lazarets dans les districts et en ville de Fribourg pour isoler les malades. Il n’y a pas encore d’hôpital cantonal, il n’ouvrira qu’en 1920. En ville, l’hôpital des Bourgeois et l’hospice Daler accueillent les malades, à la campagne, des hôpitaux de district s’en chargent. Cependant, ils ne peuvent pas assurer la garde et les soins de tous les malades. La préfecture met donc sur pied 23 lazarets répartis dans le canton. À Fribourg, un premier est ouvert en septembre dans les locaux de l’école primaire de la Neuveville, puis un second en octobre dans les locaux de l’école de Gambach. Dans le district de la Sarine, d’autres lazarets sont ouverts, comme en août à Ependes, en septembre à Neyruz et en octobre à Vuisternens-en-Ogoz et à Prez-vers-Noréaz.

Trois vagues successives

La grippe espagnole évoluera en trois vagues successives. La première commence à la mi-juillet 1918. A la fin du mois d’août, l’épidémie semble diminuer et les journaux s’en réjouissent. On pense la grippe terminée, mais une nouvelle vague se déclare en septembre et durera jusqu’à la fin de l’année. C’est la vague la plus meurtrière : 840 personnes succombent durant cette période dans le canton de Fribourg des suites de la grippe espagnole. En 1919, une troisième vague fait 124 morts dans le canton, puis elle diminue dès le début de l’été. Ces chiffres publiés en 1920 sont néanmoins à prendre avec précaution. La Commission de santé écrit en 1918 que certainement plus du tiers, voire la moitié de la population, a été atteint de la grippe espagnole. Il y avait alors environ 140'000 habitants dans le canton de Fribourg.

 

Sources :

Bosson Alain, « Le Grand retour de la peste noire ? L’épidémie de Grippe espagnole dans le canton de Fribourg (1918-1919) », in Annales fribourgeoises, vol. 80, 2018, p. 87-105.

Grandjean Sylvain, « La grippe espagnole (1918-1919), Deuils, rumeurs et récupération politique », in Cahiers du Musée gruérien, vol. 12, La santé, 2019, p. 145-155.

 

Crédit photographique :

© Bibliothèque cantonale et universitaire Fribourg. Fonds Albert Ramstein

 


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