« A chaque chose malheur est bon » dit le dicton. Et si, pour le futur Grand Fribourg, la Covid-19 avait été déterminante… pour promouvoir la mobilité ? Souvenez-vous ! Avant le 16 mars 2020, les files ininterrompues de voitures et de camions qui encombraient les grandes voies d’accès à la capitale à heures fixes. Souvenez-vous ! Les interminables discussions pour savoir qui était responsable de ce chaos et comment pourrait-on faire pour atténuer – même pas supprimer ! – cette situation. Et puis, brutalement, le silence ! Quasi plus de voitures sur la route du Jura, des axes dégagés, et les bus encore en service pouvant sans problème assurer leurs cadences. La Covid-19 avait, et a toujours, imposé son rythme à la circulation dans le Grand Fribourg. Elle a réussi là où personne n’avait vraiment voulu arriver : décongestionner la capitale et le Grand Fribourg. Enfin lui rendre sa mobilité !

Plus d’un actif sur deux à domicile

Certes, il a fallu un virus mais aussi un ukase des Autorités fédérales, cantonales et communales : travaillez à la maison ! En quelques jours, les administrations cantonales et communales, les entreprises de toutes tailles qui pouvaient se le permettre ont renvoyé chez eux toutes celles et ceux de leurs collaboratrices et collaborateurs qui pouvaient travailler à domicile. Depuis le 16 mars 2020, l’idée du travail à distance est devenue réalité. Certes, tout le monde ne peut pas travailler depuis chez lui : il serait ainsi inconcevable qu’un conducteur de bus assure son service avec un joystick depuis son canapé. Mais, pour de nombreuses professions, surtout dans le tertiaire, cette façon de travailler est totalement concevable. Comme vient d’ailleurs de le montrer un sondage du cabinet de consultants Deloitte, 48% des actifs travaillent maintenant depuis chez eux alors qu’ils n’étaient que 25% avant la crise du coronavirus. En Suisse romande, selon le dernier sondage Sotomo-SSR de début mai 2020, ils seraient même 55% à travailler totalement ou partiellement chez eux. L’effet le plus visible de cette réalité a été le décongestionnement des routes.

En quoi cela concerne-t-il le Grand Fribourg ? Précisément, la future commune fusionnée est un terreau idéal pour poursuivre à grande échelle le travail à distance. Cette forme de travail est d’ailleurs déjà appliquée par nombre d’administrations et d’entreprises de toutes tailles. Certes, elle a été imposée par les circonstances et indépendamment de leur volonté à leurs responsables. Mais, « la flexibilisation gagnée à marche forcée concernant le lieu et les horaires de travail a des effets positifs parce que les employés s'affranchissent du lieu de travail et prennent eux-mêmes en main la gestion de leur temps », a pu constater le directeur du domaine Human Capital Consulting chez Deloitte. Il suffit maintenant de parler avec des employés du Grand Fribourg en « home working » pour constater qu’ils en sont très satisfaits, malgré des échanges moins nourris avec les collègues et la distraction liée parfois à la présence des enfants. Leur seul constat négatif tient au fait qu’ils… travaillent plus longtemps car ils sont libérés des contraintes d’horaires !

L’avantage d’une économie tertiaire

De fait, le Grand Fribourg est prédestiné à poursuivre le travail à distance parce que son économie est avant tout tertiaire : près de neuf emplois sur dix sont dans cette branche (voir notamment ma dernière contribution au blog du 21 janvier dernier). Les emplois dans le primaire et dans le secondaire, peu ou pas du tout prédestinés au « home working », ne seraient donc pas prétérités. Pour autant, tous les emplois tertiaires ne peuvent pas être transformés en postes à domicile. Ainsi, les emplois dans la santé peuvent difficilement être exercés depuis chez soi. Même constat pour la restauration, l’hôtellerie, le commerce ou la vente. Mais dans le Grand Fribourg, les postes administratifs dans le secteur public ou dans les services financiers, informatiques, légaux et autres de l’économie privée sont prédominants. Ceux-là, selon le sondage Sotomo-SSR pourraient facilement rester délocalisés à domicile. D’ailleurs, pour ne prendre que le seul exemple de l’administration, plus de six postes sur dix (62%) pourraient continuer à être occupés à la maison selon les résultats de ce sondage.

A écouter des fonctionnaires des administrations cantonale et communale qui travaillent actuellement à domicile, la poursuite de cette forme de travail est plébiscitée. Plusieurs administrations leur offrent d’ailleurs déjà de le faire dans un futur proche après Covid-19. C’est le cas pour la Ville de Fribourg et dans certaines directions de l’administration cantonale. Au moins pour quelques jours par semaine. Qu’en serait-il dans le secteur privé ? Là aussi, les employés concernés apprécient leur nouveau rythme de travail et aimeraient souvent le voir perdurer. Les résultats du sondage Sotomo-SSR reflètent aussi ces souhaits : les deux tiers des personnes interrogées (77%) aimeraient continuer et la proportion passe même à 80% pour les employés à temps complet.

Changer d’état d’esprit

De ce fait, en restant à la maison pour y travailler à temps partiel, la plupart des actifs du Grand Fribourg permettraient facilement et gratuitement de décongestionner les grands axes routiers de la commune fusionnée. Ils circuleraient moins aux heures de pointe, notamment. L’avantage induit principal est évident : plus de mobilité pour les entreprises qui ont besoin de voies de communication rapide et donc des gains de productivité immédiats pour elle. Les cadences à sept minutes que les TPF veulent introduire pour certaines de leurs lignes principales de bus deviendraient, par exemple, possibles et les transports en public regagneraient l’attractivité qui leur manque actuellement. On comprend ainsi que l’Union des Villes suisses en ait récemment appelé aux employeurs suisses pour maintenir le travail à domicile de leurs collaborateurs et collaboratrices. Or, c’est chez eux pourtant qu’est le principal problème. Ils doivent en effet changer d’état d’esprit. Pour que le travail à domicile puisse être pérennisé, il faut que les employeurs fassent plus et mieux confiance à leurs employés qui le pratiquent. C’est loin d’être évident …    

 

Crédit photographique :

© Valentine Brodard et Ville de Fribourg

Opinion
2020-05-15T00:00:00+02:00

La future commune fusionnée est un terreau idéal pour le travail à domicile. Cette forme de travail permettrait de résoudre idéalement et quasi-gratuitement le problème de la mobilité qui paralyse actuellement le développement économique du Grand Fribourg.

Redaktor und Wirtschaftsberater. Autor von Büchern zu Steuerfragen. Vorstandsmitglied der Sektion Freiburg des Verkehrs-Clubs der Schweiz (VCS)